Le texte fondateur
Les signataires
Nos arguments
Autres textes
La Constitution
Liens utiles
Nous rejoindre
L'article du jour

L'Europe et les services publics


Le choix historique de nombreux pays d’une exploitation des activités en réseau sous le régime du monopole public ne relève pas du hasard. Les caractéristiques communes aux activités de réseau (télécommunications, services postaux, fourniture d’énergie, transports ferroviaires) résident dans l’énormité des investissements de structures. Ceci a eu pour effet dans le passé de conduire à une concentration des opérateurs. Le choix du monopole public répondait aux exigences de ce type de marché en permettant un fonctionnement sur le périmètre le plus large possible et donc une optimisation de l’avantage en termes de coûts, tout en évitant les comportements prédateurs liées à la propriété privée, la propriété publique donnant , au contraire, la possibilité de faire profiter la collectivité nationale d’une péréquation des prix sur le territoire.

La Commission européenne s’est engagée depuis l’Acte Unique de 1986 dans une politique contraire, au motif de l’unification du marché intérieur. Dans sa stratégie de «libéralisation», elle s’est appuyée sur deux éléments:

le premier repose sur la séparation de l’infrastructure utilisée du service fourni; il y a donc, par exemple, le Réseau ferré de France d’un coté et la SNCF de l’autre; RTE, bien connue des militants anti-THT, d’un coté, EDF de l’autre etc.....Cette séparation permet l’entrée de concurrents sur le réseau. C’est le but de la Commission, libéralisation , ouverture à la concurrence, concurrence libre et non faussée. On est en plein dans le sujet.

Le deuxième élément est donc la possibilité matérielle d’ouvrir le monopole public à de nouveaux opérateurs, ainsi qu’on vient de le voir. Ils sont donc encouragés à soit utiliser le réseau déjà là, où dans un certain nombre de secteurs à mettre en place leurs propres réseaux.

Partant du fait déjà évoqué de l’importance des investissements, ces nouveaux entrants vont immanquablement vers les secteurs les plus rentables selon la démarche de l’écrémage, particulièrement visible dans le secteur postal qui prévoyait pour le 1er Janvier 2003 la libéralisation des colis de plus de 100 grammes et à compter du 1er Janvier 2006 celle des envois de plus de 50 grammes.

Tout ceci se faisant au nom de l’intérêt du consommateur .

Quatre objections

1/ Que le monopole soit public ou privé ne change rien à la nature des forces économiques spontanées qui sont à l’oeuvre dans les activités concernées. Nous sommes dans des activités de réseau qui génèrent des effets de réseau, notamment des économies d’échelle. Toute la question est de savoir quel est le mode d’exploitation le plus profitable à la collectivité concernée. La concurrence ne donne aucun bonus de ce point de vue, en raison de la tendance irrépressible à la concentration et au monopole.

La concurrence, par ailleurs, est très coûteuse en ressources financières en ce qu’elle favorise la redondance des infrastructures dans les segments les plus rentables.

2/ La nécessité d’une interconnexion entre les différents réseaux liée au respect des normes d’interopérabilité et à la mise en place d’une autorité de régulation augmente les coûts de fonctionnement.

3/La séparation entre le gestionnaire des infrastructures de services et le fournisseur de services recèle bien des dangers en déconnectant le premier du second; en introduisant le risque de conflits d’intérêts entre les deux et un surcoût lié aux politiques de coordination rendues nécessaires. Ce principe conduit, par ailleurs, à des renvois de responsabilités en cas d’accident, alors qu’une identification claire des responsabilités constitue une condition essentielle à l’incitation de créer un cadre bien sécurisé.

4/La procédure de désignation du gestionnaire par appel d’offre est une pure illusion, toujours pour les mêmes raisons (lourdeur des investissements), qui nécessitent des durées de mandats très longue pour l’amortissements des capitaux. Ceci a pour conséquence que celui qui emporte le premier appel d’offre a toute les chances de devenir le titulaire perpétuel et obtenir une rente de situation en contradiction avec l’objectif affiché. Si l’on raisonne à l’échelle européenne, ce type de procédure a toute les chances d’aboutir à la constitution de groupes échappant totalement au contrôle des Etats. C’est ainsi que se sont développées les multinationales.

Nous aurons donc au final

1/Une fausse concurrence dans le long terme, il ne peut y avoir de guerre des prix, sans concentration des opérateurs

2/Une diminution de la qualité de la prestation, car le but ne sera plus le service rendu à l’usager, mais au client pourvu d’un porte-monnaie dans l’objectif de valoriser le capital investi par l’actionnaire

3/Un freinage des investissements de capacités, car l’intérêt du prestataire privé de services consiste à maintenir artificiellement un déséquilibre entre l’offre et la demande qui favorise des prix rémunérateurs (cf pannes géantes en Californie, scandale Enron et, récemment, en Italie)

4/ Une tendance à la constitution d’oligopoles européens, en particulier dans le domaine de l’énergie, avec comme corollaire la hausse des tarifs (+30% sur les prix de gros de l’électricité en 2003 pour les gros consommateurs industriels)

5/ Une tendance à minorer le coût de la sécurité que dans un contexte de concurrence les opérateurs ne sont guère disposés à assumer dans sa plénitude (cf accidents à répétition sur le réseau de chemins de fer britanniques)

6/ Economies sur les moyens de maintenance

7/Restrictions aussi dans l’effort d’investissements immatériels de recherche et développement, avec, en corollaire de la concurrence, un gaspillage des ressources en investissements qui aboutiront aux mêmes résultats, seront effectués en ordre dispersé et qui empêche le cumul sur un projet d’ambition plus importante, susceptible de déboucher sur une percée technologique majeure

8/La lente destruction des mécanismes de solidarité par l’impossibilité du financement par péréquation, les secteurs rentables payant pour les secteurs désavantagés, au profit de la logique d’écrémage. Dans ce cas de figure il revient aux collectivités locales de pallier au déficit de solidarité en puisant dans les poches du contribuable.

9/ Enfin l’introduction de politiques de rentabilité financière là où ne devrait exister qu’une logique de service aboutit à une gestion des personnels qui va dans le sens d’une aggravation des conditions de travail, parfois d’une limitation de l’effort de formation; d’un usage abusif de la sous-traitance et de l’externalisation d’un certain nombre de tâches. Le tout contraire à la sécurité des usagers.

Au final ce dossier de l’ouverture des services publics à la concurrence, même si le projet de traité constitutionnel ne «préjuge en rien du statut de propriété), directement géré et sous la responsabilité directe de Bruxelles, aboutira à un démantèlement des services publics tels qu’ils se sont constitués dans l’histoire de notre pays, expérience faite des avantages et inconvénients des deux modes d’exploitation. La logique implacable du marché doit passer, fusse au prix d’un abaissement du service rendu, ainsi qu’il en a été fourni la preuve et d’une aggravation de la désespérance sociale. La logique est celle de l’AGCS qui veut qu’il n’y ait pas de restrictions à la fourniture de services, ce qui est clairement stipulé par l’article III-144 du projet de traité constitutionnel.

 

Pour l'Europe,
NON au traité constitutionnel
 
Collectif : pour une autre Europe. Non au traité constitutionnel !
Appel des 200 Pyrénées-Orientales

Accueil