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ou l'entêtement de la Commission européenne Par Gérard Filoche,membre de la direction de la Fondation Copernic et du conseil d'administration d'ATTAC. Militant socialiste Les directives de type Bolkestein s'appellent « directives Dracula » parce qu'elles craignent la lumière ! Braquons le projecteur sur « la directive portuaire », on verra en toute clarté ce qui nous attend en cas de victoire du « oui ». « La directive sur les ports reste à quai », avait pu titrer Libération après le désaveu, en novembre 2003, de la commissaire européenne aux Transports, Loyola de Palacio, par le Parlement européen qui avait refusé d'adopter son projet de libéralisation des services portuaires, pourtant déjà adopté par le Conseil des ministres. Il prévoyait d'ouvrir à la concurrence les services portuaires (manutention, pilotage, remorquage, amarrage...). C'était l'application avant la lettre de la directive Bolkestein organisant la concurrence entre les salariés de l'Union européenne en utilisant une main-d'uvre sous-qualifiée à bord des navires ou embauchée par des agences d'intérim à quai. Le rejet de cette directive par le Parlement européen était dû à la lutte des dockers dans toute l'Europe. Le 10 mars 2003, à Marseille, la grève avait été suivie par les 1200 dockers et 80 % des agents portuaires. Au Havre, 90 % des 1500 agents du port autonome et les 1700 dockers avaient arrêté le travail. Les ports de La Rochelle et de Bordeaux étaient bloqués. En Allemagne, la grève touchait Hambourg (1 100 dockers), Brême, Bremerhaven, Emdem et Nordenham. La grève entraînait la fermeture des ports finlandais pendant 48 heures. En Belgique, les ports de Zeebrugge, d'Ostende, de Gand et d'Anvers étaient également touchés alors que 2000 dockers manifestaient à Bruxelles. Cette « euro-grève » exemplaire avait été organisée par l'International Docks Workers auquel adhèrent, en France, la CGT et l'European Transport Federation (à laquelle adhèrent la CFDT et FO). Lundi 10 mars 2003, plus de 3000 dockers venus de ports français, belges, espagnols et hollandais avaient manifesté à Strasbourg alors que le Parlement européen débattait de cette directive. Les dockers s'étaient, à plusieurs reprises, opposés aux forces de police. Le 20 novembre 2003, le Parlement a renoncé à cette directive, désavouant à la fois la Commission et le Conseil des ministres. Mais avant la fin de son mandat, la même commissaire aux Transports, Loyola de Palacio, reproposait une directive « portuaire », à peine modifiée, qui est à nouveau à l'ordre du jour de la Commission Barroso. L'actuel commissaire aux Affaires maritimes est le représentant de Malte, pays tristement connu pour son pavillon de complaisance. La directive « portuaire » bis va revenir au vote du Parlement européen. Comme pour Bolkestein, les intégristes libéraux européens, partisans de la constitution, se moquent de la démocratie et des peuples. Si le « oui » l'emporte, le 29 mai prochain, la Commission reprendra à son compte la directive. Il faut s'appuyer sur l'exemple des dockers et le traduire politiquement par un puissant « non » si on veut avoir une quelconque chance de renégocier une constitution qui interdise toute directive Bolkestein ou assimilée. Que le « non » gagne, on saura quoi dire : on réclamera une assemblée constituante, on y exigera une constitution européenne modifiée incluant notamment : - la levée de l'interdiction de l'harmonisation des législations sociales et fiscales, expressément prévues par l'actuel projet de constitution ; - la reconnaissance explicite et précise de vrais services publics et de leur droit à l'existence, contre le principe de « concurrence libre et non faussée » ; - la reconnaissance du droit pour chaque État d'imposer, en toutes circonstances sur son territoire, l'application de son droit du travail et de ses conventions collectives et leur harmonisation programmée selon le « principe de faveur » sous le contrôle des syndicats et des inspections du travail. Tribune libre parue dans l'Humanité le 31/03/05 |
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