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LIBRES OPINIONS Jo Falieu

LAÏCITÉ et TRAITÉ CONSTITUTIONNEL


IL ME SUFFIT...


1----PARCE QUE , en tant que laïque, je suis convaincu de la nécessité de sauvegarder les principes premiers inscrits dans la Constitution de la République Française issue de la Révolution de 1789 , énonçant que "tous les hommes naissent libres et égaux devant la loi", à savoir,
-- d'une part,le principe de la liberté de conscience, qui ne se limite pas à la possibilité de choisir une idéologie politique ou confessionnelle, mais surtout le droit de n'être assujetti à aucune, et de pouvoir exercer son esprit critique et affirmer ses propres convictions en toute légalité,
-- d'autre part, le principe d'égalité de tout citoyen devant la loi, avec non seulement l'application des droits sociaux qui en découlent, mais également l'indépendance de chaque individu par rapport à quelque communauté ou quelqu'autre systême d'appartenance (ethnique, religieux, politique ou autre), ainsi qu'à toute empreinte sociale déterminante (sexe, classe sociale, etc),
---- IL ME SUFFIT de lire à l'article I-52--3 du Traité Constitutionnel pour l' Europe que "reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient le dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Eglises et organisations" pour savoir que l'esprit même de la laïcité se trouve bafoué et renié dans son principe même.
Quel dialogue peut-on attendre , quelle ouverture peut-on espérer pour atteindre au principe de laïcité une fois qu'on y aura renoncé, alors que nous savons pertinemment que la loi de 1905 ne constitue qu'un compromis dans un rapport de forces qu'on est loin de pouvoir reproduire aujourd'hui dans une Europe où règnent les confessionalismes et le sécularisme libéral.? Leur tolérance due à la multiplicité des religions et des sectes ne laisse d'ailleurs aucune place à l'athéisme qui demeure comme un non - sens. Le sécularisme ambiant dans les pays anglo-saxons efface , pour notre histoire de l'émancipation de l'individu, et des acquis sociaux plus de deux siècle de luttes liées à la République et à la gestation démocratique.
La laïcité est le combat permanent que chaque homme libre doit livrer contre des structures rétrogrades voulant restituer ou tout simplement maintenir un assujettissement qu'il ne nous est plus possible d'accepter même pour partager leur servitude au sein de la sainte Union. A aucun prix il n'est possible de laisser le cléricalisme, même sous ses formes plus modernes, s'immiscer dans les règles de la vie citoyenne et laisser augurer d'un retour à des structures sociales où se justifient les inégalités et les privilèges ( c'est une menace contenue dans les communautarismes ).
Faut-il, au nom de la tolèrance oecuménique,favoriser le recul humaniste en reactualisant et en justifiant le pouvoir des systêmes de croyance et de soumission, en laissant se constituer des ilôts communautaristes instituant la disparité des droits et les enracinements xénophobes, sources d'inégalités et de violences racistes ?

2----PARCE QUE, en tant que démocrate,je reste convaincu de la nécessité de ne pas renoncer aux droits sociaux acquis tout au long de notre histoire, à travers d'incessantes luttes pour plus de liberté et d'égalité dans un Etat de droit, et de ne pas admettre que soit légitimée la disparition du service public , en se contentant de vagues allusions aux réalités collectives et solidaires par la formule sybilline de"service d'intérêt général" ,
---- IL ME SUFFIT de lire, à l'article I -26 que le pouvoir exécutif de l' Union Européenne concoctée par les lobbies des grandes firmes européennes dépendra en dernier ressort de la seule Commission composée de membres "choisis"(devinez par qui ?), exerçant " leurs responsabilités en toute indépendance", c'est à dire sans être mandatés par le (les) peuple (s), mais n'ayant au contraire d'autre objectif que de satisfaire les lois du Marché au détriment de la condition sociale des citoyens, pour comprendre que la carte blanche octroyée à la fine fleur du libéralisme européen ne peut qu'aboutir à une régression sur le plan social, comme le prouvent tous les plans d'absorbsion dans la logique de mondialisation; l' issue des festivités est connue d'avance: plus de richesse pour les riches, plus de précarité pour les pauvres.
Quelle perspective pour une Europe sociale à venir, si on suit à la lettre ce texte énonçant qu' "un acte législatif de l'Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission" ? Qu' a- t-on besoin d'un parlement fantoche, sinon pour justifier une accentuation de la prédominance du libéralisme économique sur les instances politiques ?.Il faut bien le dire, et appeler un chat un chat: encore un recul, un abandon des droits durement acquis par la lutte dans les conflits sociaux., au nom d'un alignement sur une moyenne démocratique des institutions européennes. Où a-t-on vu que pour aller de l'avant vers la future Europe, il faille accepter de reculer pour se mettre au niveau des autres et préférer la médiocrité et la confusion à la clarté et à la rigueur ?
Mais peut-on attendre autre chose de la part de ceux qui ont déjà mis en application au sein de cette même Europe les principes qu'ils nous demandent aujourd'hui d'entériner ? Un NON au vote constitutionnel n'est en rien un non à l' Europe, mais c'est une invitation à revoir la copie, à partir d'une critique positive qui exprime le refus de l'attitude de mépris qui a présidé à l'élaboration d'une constitution faite sur mesure pour le plus grand profit des profiteurs.

3----PARCE QUE , en digne " héritier " d'une tradition de lutte issue d'une condition sociale où même les formes les plus élémentaires de la révolte étaient interdites ( certaines catégories d'employés, d'ailleurs les plus exploités, n'ayant même pas la possibilité de se syndiquer sans courir le risque d'une répression immédiate, le tout assorti de culpabilité ), j'ai appris que la confiance qu'on accorde aux voyous en cols blancs qui dirigent un monde injuste et corrompu, tient à la fois de l'impuissace et de la naïveté, non seulement en exploitant et en dépouillant le prolétariat des pays industrialisés, mais également en laissant se perpétrer et même en accentuant, au nom du sacro-saint principe de développement des pays du Sud et de l'éternelle et incontournable mythique Croissance qui ne profite qu'aux élites d'une société inféodée au capitalisme international et à la corruption organisée à l'échelle planétaire ( Quelle différence entre la maffia et les magouilles de certains milieux d'affaires ? ,leurs scandales vous le diront ), au point de ne pas même avoir l'élégance d'en laisser quelques miettes ( merci à M. Tobin pour avoir eu la négligence d'en suggérer l'idée ), ou pour permettre à un bon quart de l'humanité de vivre dans la précarité et parfois même de ne parvenir à survivre ( carences en eau potable, massacre au Sida, et autres étranglements économiques comme ceux imposés par les lobbies pharmaceutiques, la confiscation des biens publics par le brevetage du vivant ), que par la solidarité et l'humanisme d'une opinion publique compatissante,
----IL ME SUFFIT de lire à l'article I-3-2 : " L'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures et un marché intérieur où la concurrence est libre et non-faussée ", pour savoir que le social et le politique tombent sous ingérence de l'économique et que le bien public ( hôpitaux, écoles, communications , transports ) vont être soumis à la loi du marché, si ce n'est déjà fait. Qu'attendre d'une Europe qui n'a d'autre souci que d'entretenir les privilèges et de creuser toujours plus le fossé qui sépare la masse des exploités, des manipulés et des assistés d'une part et la caste des nantis qui ont déjà décidé de la marchandisation du monde d'autre part ?

4----PARCE QUE j'ai renoncé depuis belle lurette à avoir la télé pour ne plus subir le matraquage imbécilogène et la pseudo information distillée par les grands média de l'audio-visuel pratiquant une ablation de la conscience critique et un développement du systême de dépendance via le mirage de l'image,
----IL ME SUFFIT de constater que la quasi totalité des média (journaux et hebdomadaires compris ), quitte la neutralité dans laquelle devrait la maintenir la déontologie de sa fonction, devant la menace grandissante du NON, pour se faire les parangons d'une Europe plus libérale encore que son modèle nord-américain ( comparée au traité constitutionnel pour l'Europe la constitution américaine est un modèle de démocratie ), pour savoir qu'on ne peut rien attendre de la brochette de menteurs patentés qui tentent encore de nous faire croire que l'actuel projet de constitution contient déjà les voies pour une Europe sociale, alors que le texte dit bien que " service d'intérêt économique général et service d'intérêt général ne doivent pas être confondus avec la notion de service public " (Livre Blanc p.23). Nous avons déjà eu la faiblesse de croire à de telles promesses pour accréditer Maastrich (incorrigible idéal humaniste); ce n'est pas pour autant une raison pour cautionner à nouveau une politique d'ultra-libéralisme qui n'a d'autre but que d'étendre son champ de manoeuvre à ses nouveaux membres sans avoir encore réussi à donner une assise politique réellement démocratique à ses membres actuels. C'est dans la logique même de l'extension du Marché, beaucoup moins dans celle d'une Europe fraternelle et solidaire.
Une autre Europe est pourtant possible où pourrait s'amorcer une authentique démocratie participative, un réel partage des richesses, un respect de tous les citoyens. Cela supposerait que ceux-ci puissent être invités à élaborer une constitution qui ne ressemble plus à un sauf-conduit donnant carte blanche au libéralisme dévastateur des acquis sociaux.
Voter NON c'est vouloir arrêter le massacre déjà en route, et c'est vouloir être acteur d'un fondement constitutionnel qui reste attaché au respect des droits fondamentaux de l'individu déjà contenus dans la Déclaration Universelle des droits de l'homme . C'est voter OUI pour une Europe légitimant les valeurs humanistes et civiques comme par exemple le droit du travail insidieusement transformé en "droit de travailler" (art. II-75)dans la nouvelle constitution.
Le progrès économique ne doit pas se faire au prix de la régression sociale.

Jo FALIEU

 

Pour l'Europe,
NON au traité constitutionnel
 
Collectif : pour une autre Europe. Non au traité constitutionnel !
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